Christchurch, la reconstruction

Troisième ville du pays derrière Auckland et Wellington, et première de l’île du Sud, Christchurch compte 380 000 habitants. Parmi toutes les villes de Nouvelle-Zélande que j’ai pu visiter, c’est la première à m’avoir donné envie de lui consacrer un article.

Christchurch a été détruite par un séïsme le 22 février 2011, de magnitude 6.3 sur l’échelle de Richter, qui causa également la mort de 185 personnes. Beaucoup de bâtiments se sont effondrés, notamment des églises. Cathedral Square, la place principale de la ville, a été particulièrement ravagée : la cathédrale est en partie détruite, certains bâtiments ont complètement disparu. Une autre cathédrale temporaire a été bâtie à quelques rues de l’ancienne, réalisée par l’architecte japonais Shigeru Ban. Elle est faite d’acier, de bois, et de carton ! Elle est d’ailleurs surnommée The Cardboard Cathedral (la cathédrale de carton).

Malgré les nombreux édifices détruits, et le fait que toute la ville soit en chantier, j’ai trouvé que Christchurch dégageait une ambiance que je n’avais pas connue à Wellington ou à Auckland. Pour égayer la ville détruite, des pop-up projects ont été mis en place : street art, aménagement des espaces publics etc. Il y a un tramway, un centre commercial fait de conteneurs de toutes les couleurs (le Re:START Mall), un parc immense où ont lieu des concerts en plein air… Christchurch se reconstruit, elle vit, elle fourmille !

Pour revenir aux tremblements de terre, on en a ressenti un lors de notre première nuit à Christchurch, à 3h30 du matin ! La structure en bois de l’auberge s’est mise à trembler pendant 8 secondes environ, je n’étais pas très rassurée au fond de mon lit. C’était un séisme de magnitude 4.3 : rien de dangereux, mais tout de même impressionnant.

Être femme artiste en Nouvelle-Zélande au vingtième siècle : Louise Henderson

Louise Henderson portrait

Portrait de Louise Henderson, 1986 – Adrienne Martyn (1950-.) – photographie – Christchurch Art Gallery

Louise Henderson naît en 1902, en France, à Boulogne. Son père était secrétaire particulier d’Auguste Rodin : enfant, il l’emmenait dans l’atelier du sculpteur où elle s’amusait avec les morceaux de marbre. Elle étudie la littérature à Paris, et passe son bac. Elle intègre ensuite l’École de la broderie et dentelle de la ville de Paris. Une fois diplômée, elle commence à dessiner des modèles et à écrire des articles sur la broderie pour plusieurs magazines, dont Madame.

À Paris, elle rencontre Hubert Henderson, un néo-zélandais qui vient de terminer ses études à l’université de Cambridge. Il rentre en Nouvelle-Zélande, mais écrit à Louise et lui demande de l’épouser. Elle accepte, cependant ses parents ne veulent pas laisser leur fille, toujours célibataire, faire le voyage vers la Nouvelle-Zélande toute seule. Pour leur donner satisfaction, elle va donc se marier par procuration à l’ambassade britannique de Paris. Ses parents sont rassurés, elle devient une femme mariée, elle peut donc voyager seule ! Louise et Hubert se marient religieusement à Christchurch, Canterbury le 30 avril 1925.

Son arrivée en Nouvelle-Zélande va bouleverser sa vie : alors que ses parents ne l’auraient pas permis, (être femme artiste, à l’époque, n’aurait pas été convenable) elle pouvait désormais envisager une carrière artistique. Elle commence à peindre des paysages, et donne des cours de peinture et de broderie au Canterbury College School of Art.

Plains and Hills Louise Henderson

Plains and Hills, 1936 – Louise Henderson – huile sur toile – Christchurch Art Gallery

En 1935, elle expose pour la première fois avec The Group, un collectif d’artistes dont fait partie Rita Angus, artiste célèbre en Nouvelle-Zélande. Louise et Rita voyagent souvent toutes les deux dans la voiture de Louise à travers la région du Canterbury pour peindre des paysages, et dorment à la belle étoile. Louise est heureuse d’avoir une amie artiste avec qui échanger.

« Les gens n’appréciaient pas les femmes artistes en Nouvelle-Zélande non plus. J’en avais l’habitude. Ce n’était pas nouveau pour moi car ma propre mère ne l’avait jamais approuvé. » (Christchurch Art Gallery)

Elle déménage à Wellington, en 1941 où elle continue à enseigner, puis à Auckland en 1950, où elle décide de se consacrer pleinement à la peinture, dans l’atelier qu’Hubert lui a construit à l’arrière de leur maison. Louise rencontre l’artiste John Weeks qui va beaucoup influencer son style : elle va s’éloigner du style plat, décoratif et naturaliste de l’Ecole du Canterbury pour se rapprocher de la peinture moderne européenne. Elle abandonne l’aquarelle pour la gouache et la peinture à l’huile, qui donnent plus de texture et de complexité à ses œuvres. Elle se détourne des paysages et de la nature pour peindre la ville, des scènes de la vie courante et de l’abstrait.

Still Life with Arum lilies

Still life with arum lilies, 1950 – Louise Henderson -huile sur toile – Te Papa, Wellington

En 1952, elle part pour Londres dans le but d’étudier la peinture européenne. Elle flâne dans les musées et les galeries, prend des cours de dessin, et participe à des conférences à l’Institute of Contemporary Art. Cependant, elle réalise combien l’Angleterre a été appauvrie et dévastée par la guerre : elle finit par quitter Londres pour Paris, qui rayonne encore comme capitale culturelle et artistique dans les années 1950, où elle commence à prendre des cours de dessin dans l’atelier du cubiste Jean Metzinger (1883-1956).

En 1953, elle rentre en Nouvelle-Zélande, où elle expose à Auckland et à Wellington des œuvres largement influencées par son voyage en Europe. Le tableau Les deux amies est exposé au Te Papa museum, à Wellington, à côté du croquis préparatoire, sur lequel Louise avait originalement prévu de dessiner les deux femmes nues. Elle décida finalement de les peindre habillées, afin de ne pas rendre son tableau encore plus déroutant pour le public d’Auckland, encore conservateur.

Les deux amies

Les deux amies, 1953 – Louise Henderson – huile sur toile – Te Papa, Wellington

Louise et Hubert émigrent un moment au Moyen-Orient, notamment à Beyrouth, où Hubert travaille pour l’UNESCO.

Baghdad

Baghdad, 1953 – Louise Henderson – fusain et pastel sur papier – Auckland Art Gallery

En 1963, Hubert meurt. Louise repousse ses pinceaux, elle veut abandonnée définitivement la peinture. Finalement, elle se lance dans une série de toiles expressionnistes abstraites grand format, qu’elle exposera à Bruxelles, à Londres et à l’ambassade de Nouvelle-Zélande à Paris. Elle se lance également dans la production de tapisseries. Elle reçoit de nombreux prix et décorations artistiques.

En 1986, elle se remarie, avec Georg Thomas Locke, de 27 ans son cadet. Elle meurt en 1994, à l’âge de 92 ans, après avoir été faite Dame Commander de l’empire britannique.

Liens :
Louise Henderson, artiste néo-zélandaise du XXe siècle
Louise Henderson sur le site de l’Auckland City Gallery
Louise Henderson sur le site du Te Papa de Wellington
Louise Henderson sur le site de la Christchurch City Gallery

Le droit de vote des femmes en Nouvelle Zélande : lobbies, prohibition et camélias.

La Nouvelle Zélande est le premier pays au monde a avoir donné le droit de vote aux femmes : en 1893 ! En effet, à la fin du XIXe siècle, les jeune filles issues de familles aisées et de la classe moyenne accèdent à l’éducation : elles vont au lycée, à l’université. Ainsi, le débat sur le droit de vote des femmes émerge au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Australie et ailleurs dans le monde.

En Nouvelle Zélande, Kate Shepard est la figure la plus emblématique de la lutte pour le droit de vote des femmes : elle figure sur les billets de 10 dollars néo-zélandais. Elle fait partie de la Women’s Christian Temperance Union (WCTU), une association fondée aux États-Unis, avec laquelle elle mène une campagne en Nouvelle-Zélande. La WCTU a pour mission de protéger les femmes, et milite notamment pour la prohibition d’alcool, afin de lutter contre l’alcoolisme masculin, qu’elle considère comme une source de violence sur les femmes à l’époque.

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Dès la fin du XIXe siècle, les défenseurs du suffrage universel défendent l’égalité des droits entre hommes et femmes, mais également le fait que les femmes pourraient avoir une influence sur certaines questions morales, comme la prohibition d’alcool. Les opposants, aussi bien hommes que femmes, soutiennent quant à eux que la politique ne fait pas partie de leur « sphère naturelle », c’est-à-dire s’occuper de la maison et élever les enfants. (Sérieusement ?!)

Plusieurs pétitions furent présentées au parlement néo-zélandais. Au total, 32 000 signatures furent recueillies, ce qui représentait un quart des néo-zélandaises d’origine européenne. La pétition la plus importante, présentée en 1893, comportait à elle seule 24 000 signatures, réparties sur plus de 500 feuilles de papier, qui furent collées bout à bout pour former un rouleau d’environ 270 mètres.

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Pétition de 1893 (copie) exposée au Parlement, à Wellington, Nouvelle-Zélande.

Dès 1887, il y eut plusieurs tentatives de faire passer un amendement pour légaliser le suffrage des femmes. A chaque fois, l’amendement fut approuvé par la chambre basse (le parlement actuel, équivalent de la Chambre des Communes britannique), mais fut cependant refusé par le Conseil législatif (la chambre haute, ancien équivalent de la Chambre des Lords, mais qui n’existe plus aujourd’hui).

Après de nombreuses manifestations en Nouvelle-Zélande, l’idée d’accorder le droit de vote aux femmes avait fait son chemin, et bénéficiait désormais d’un soutien populaire. En 1893, un nouvel amendement est présenté au parlement, et est à nouveau approuvé par la chambre basse. Pendant ce temps, les lobbies de la vente d’alcool tentent de faire passer une contre-pétition auprès du Conseil législatif pour empêcher le suffrage des femmes, du fait de la position de ces dernières vis à vis de la prohibition. En réponse, les parlementaires en faveur du droit de vote des femmes reçurent de la part des suffragettes des camélias blancs qu’ils furent invités à porter à leur boutonnière. Le Conseil Législatif était complètement divisé sur la question.

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Portrait d’une suffragette vers 1880. Elle porte un camélia blanc et les cheveux courts, deux symboles de l’avancée des droits des femmes à l’époque.

Le premier ministre libéral, Richard Seddon, était proche des lobbies du commerce d’alcool et par conséquent opposé au droit de vote des femmes. Alors qu’il ne lui manquait plus qu’un vote pour empêcher l’amendement de passer, il tenta de faire changer le vote d’un parlementaire de son parti. Cependant, sa manoeuvre électorale douteuse (le parlementaire avait probablement été corrompu) fit changer d’avis deux autres élus de l’opposition (pourtant conservateurs), qui votèrent alors en faveur de l’amendement : il fut donc adopté par le Conseil législatif à 20 voix contre 18.

Pour manifester leur opposition, les parlementaires opposés au suffrage des femmes portèrent alors des camélias rouges à leur boutonnière, et les 18 membres du Conseil législatif qui avaient voté contre firent passer une pétition auprès du gouverneur, mais celui-ci approuva définitivement l’amendement qui devint une loi, le 19 septembre 1893.

Cette immense réussite donna beaucoup d’espoir, partout dans le monde, à celles et ceux qui se battaient pour l’émancipation et les droits des femmes. Petit rappel : en France, les femmes n’obtiendront le droit de vote qu’en 1944, soit plus de 50 ans après.

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Mémorial dédié aux suffragettes, Christchurch, Nouvelle-Zélande.

En ce qui concerne la prohibition, elle n’a en réalité jamais été établie en Nouvelle-Zélande. En effet, une telle mesure nécessitait un référendum avec 60 % des voix en faveur de la prohibition. Il y eut un premier référendum en 1911, avec 55,8 % des voix en faveur de la prohibition. Mais pendant la première Guerre mondiale, la prohibition passa au second plan, et sa cote de popularité chuta à 49 % en 1914. Puis, en 1919, alors que le seuil du référendum avait été abaissé à 50%, la prohibition aurait pu être instaurée, mais c’était sans compter les votes de près de 40 000 soldats, encore en mer ou à l’étranger. Un nouveau vote eut lieu en décembre de la même année, avec 49,7 % des voix en faveur de la prohibition : la Nouvelle-Zélande ne fut pourtant jamais aussi près d’instaurer une telle mesure.