Le droit de vote des femmes en Nouvelle Zélande : lobbies, prohibition et camélias.

La Nouvelle Zélande est le premier pays au monde a avoir donné le droit de vote aux femmes : en 1893 ! En effet, à la fin du XIXe siècle, les jeune filles issues de familles aisées et de la classe moyenne accèdent à l’éducation : elles vont au lycée, à l’université. Ainsi, le débat sur le droit de vote des femmes émerge au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Australie et ailleurs dans le monde.

En Nouvelle Zélande, Kate Shepard est la figure la plus emblématique de la lutte pour le droit de vote des femmes : elle figure sur les billets de 10 dollars néo-zélandais. Elle fait partie de la Women’s Christian Temperance Union (WCTU), une association fondée aux États-Unis, avec laquelle elle mène une campagne en Nouvelle-Zélande. La WCTU a pour mission de protéger les femmes, et milite notamment pour la prohibition d’alcool, afin de lutter contre l’alcoolisme masculin, qu’elle considère comme une source de violence sur les femmes à l’époque.

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Dès la fin du XIXe siècle, les défenseurs du suffrage universel défendent l’égalité des droits entre hommes et femmes, mais également le fait que les femmes pourraient avoir une influence sur certaines questions morales, comme la prohibition d’alcool. Les opposants, aussi bien hommes que femmes, soutiennent quant à eux que la politique ne fait pas partie de leur « sphère naturelle », c’est-à-dire s’occuper de la maison et élever les enfants. (Sérieusement ?!)

Plusieurs pétitions furent présentées au parlement néo-zélandais. Au total, 32 000 signatures furent recueillies, ce qui représentait un quart des néo-zélandaises d’origine européenne. La pétition la plus importante, présentée en 1893, comportait à elle seule 24 000 signatures, réparties sur plus de 500 feuilles de papier, qui furent collées bout à bout pour former un rouleau d’environ 270 mètres.

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Pétition de 1893 (copie) exposée au Parlement, à Wellington, Nouvelle-Zélande.

Dès 1887, il y eut plusieurs tentatives de faire passer un amendement pour légaliser le suffrage des femmes. A chaque fois, l’amendement fut approuvé par la chambre basse (le parlement actuel, équivalent de la Chambre des Communes britannique), mais fut cependant refusé par le Conseil législatif (la chambre haute, ancien équivalent de la Chambre des Lords, mais qui n’existe plus aujourd’hui).

Après de nombreuses manifestations en Nouvelle-Zélande, l’idée d’accorder le droit de vote aux femmes avait fait son chemin, et bénéficiait désormais d’un soutien populaire. En 1893, un nouvel amendement est présenté au parlement, et est à nouveau approuvé par la chambre basse. Pendant ce temps, les lobbies de la vente d’alcool tentent de faire passer une contre-pétition auprès du Conseil législatif pour empêcher le suffrage des femmes, du fait de la position de ces dernières vis à vis de la prohibition. En réponse, les parlementaires en faveur du droit de vote des femmes reçurent de la part des suffragettes des camélias blancs qu’ils furent invités à porter à leur boutonnière. Le Conseil Législatif était complètement divisé sur la question.

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Portrait d’une suffragette vers 1880. Elle porte un camélia blanc et les cheveux courts, deux symboles de l’avancée des droits des femmes à l’époque.

Le premier ministre libéral, Richard Seddon, était proche des lobbies du commerce d’alcool et par conséquent opposé au droit de vote des femmes. Alors qu’il ne lui manquait plus qu’un vote pour empêcher l’amendement de passer, il tenta de faire changer le vote d’un parlementaire de son parti. Cependant, sa manoeuvre électorale douteuse (le parlementaire avait probablement été corrompu) fit changer d’avis deux autres élus de l’opposition (pourtant conservateurs), qui votèrent alors en faveur de l’amendement : il fut donc adopté par le Conseil législatif à 20 voix contre 18.

Pour manifester leur opposition, les parlementaires opposés au suffrage des femmes portèrent alors des camélias rouges à leur boutonnière, et les 18 membres du Conseil législatif qui avaient voté contre firent passer une pétition auprès du gouverneur, mais celui-ci approuva définitivement l’amendement qui devint une loi, le 19 septembre 1893.

Cette immense réussite donna beaucoup d’espoir, partout dans le monde, à celles et ceux qui se battaient pour l’émancipation et les droits des femmes. Petit rappel : en France, les femmes n’obtiendront le droit de vote qu’en 1944, soit plus de 50 ans après.

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Mémorial dédié aux suffragettes, Christchurch, Nouvelle-Zélande.

En ce qui concerne la prohibition, elle n’a en réalité jamais été établie en Nouvelle-Zélande. En effet, une telle mesure nécessitait un référendum avec 60 % des voix en faveur de la prohibition. Il y eut un premier référendum en 1911, avec 55,8 % des voix en faveur de la prohibition. Mais pendant la première Guerre mondiale, la prohibition passa au second plan, et sa cote de popularité chuta à 49 % en 1914. Puis, en 1919, alors que le seuil du référendum avait été abaissé à 50%, la prohibition aurait pu être instaurée, mais c’était sans compter les votes de près de 40 000 soldats, encore en mer ou à l’étranger. Un nouveau vote eut lieu en décembre de la même année, avec 49,7 % des voix en faveur de la prohibition : la Nouvelle-Zélande ne fut pourtant jamais aussi près d’instaurer une telle mesure.

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